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E-BIBLIOTHÈQUE

Chronologie de la vie culturelle en Wallonie au dix-huitième siècle[1]

Daniel Droixhe

1713-14

Fin de la guerre de Succession d'Espagne. La principauté de Liège sort d'une période sombre, que dominent la défaite subie par la démocratie en 1684 et les guerres de Louis XIV.

1717

Charles VI reçu à Mons en qualité de comte du Hainaut. Investiture à Tournai en 1720. Sous son règne, la région panse ses blessures de guerre.

1721

À Mons, constitution de la loge La Parfaite Union (d'après la tradition). Elle est la première en Belgique francophone. Travaux défendus à partir de 1786[2].

1722

Naissance de Jacques-Joseph Fabry, homme politique, bourgmestre de Liège et révolutionnaire (†1798).

1723

Application par le Conseil de Hainaut du décret du marquis de Prié interdisant la vente du Mercure historique et politique (La Haye) et de «tous autres livres contraires à la religion».

1724

Blaise-Henri de Corte, baron de Walef, Le catholicon de la Basse Germanie : satires anti-cléricales.

1727

En Hainaut, ordonnance de Charles VI concernant la police des livres. Interdiction d'imprimer ou débiter des «écrits scandaleux, impies ou impudiques, contraires à la religion et au bien de l'État».

1729

Nouvelle ordonnance impériale sur le commerce des livres. À Mons, condamnation du colporteur Ledru, qui récidive.

1731

À Mons, le libraire Wilmet est poursuivi pour avoir vendu l'Histoire générale des cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde. L'année suivante, condamnation de l'ouvrage par l'archiduchesse Marie-Elisabeth.
Œuvres de Walef.

1732

Intensification de la campagne contre le jansénisme : à Mons, saisie de la Prière adressée à Dieu par l'intercession du bienheureux diacre Pâris.

1734

Naissance du musicien hennuyer François-Joseph Gossec, qui composera avec Chénier un hymne à Voltaire (1791). Mort de l'écrivain liégeois de Walef.

1735

Naissance à Bruxelles de Charles-Joseph de Ligne. Il voulut être homme de guerre, on retient de lui l'homme de lettres, «le seul étranger qui, dans le genre français, soit devenu modèle, au lieu d'imitateur» (Mme de Staël).
Naissance à Liège de Léonard Defrance, peintre et révolutionnaire (†1805).

1736

À Mons, on brûle les Lettres persanes de Montesquieu.

1739

J.-B. Varret, de Mons, et J.-F. Bassompierre, de Liège, co-éditent des Lettres théologiques et historiques sur le jansénisme.
Édit de Charles VI sur l'imprimerie et la librairie.

1740

L'écrivain français Saumery quitte Liège.

1741

À Liège : naissance de Grétry. L'espion à Paris est contrefait par Broncart.

1742

À Bruxelles, constitution de la loge L'Union? En activité jusque vers la fin du dix-huitième siècle.

1743

À Bruxelles, constitution de la loge L'Équité.

1744

L'impératrice Marie-Thérèse devient comtesse de Hainaut. Jean-Théodore de Bavière devient prince évêque de Liège.

1745

Victoire des Français sur les «alliés» (notamment les Pays-Bas) à Fontenoy (près d'Antoing, Hainaut). Voltaire, La bataille de Fontenoy, imprimé à Tournai par Joveneau et à Liège par Kints. Prise de Tournai (22 mai).

1746

Mons tombe à son tour. La présence des troupes françaises fait-elle, comme en d'autres régions de Wallonie, office de catalyseur dans la diffusion des Lumières?
Bataille de Rocour (près de Liège) et nouvelle victoire des Français. D'après un témoin, la guerre de Succession d'Autriche marque le début de l'impression des «mauvais livres» dans la principauté, ceux-ci étant destinés «à tous les officiers des deux armées qui se rassemblaient à Liège comme étant neutre».

1747

À Namur, sous l'occupation française, construction du Théâtre.
Louis XV dans la région de Liège. Circulation d'œuvres de La Mettrie.

1748

À Mons, constitution de la loge Louchier de Jéricho (1748-52).
Siège de Maastricht, qui relève en partie de la principauté de Liège, par les Français. Pendaison, comme espion, de La Serre, libertin à qui fut attribué parfois l'Examen de la religion.

1749

À Liège, renouvellement des édits sur l'imprimerie et la librairie, condamnant l'Homme-machine de La Mettrie, les Trois imposteurs, etc. Constitution de la loge La Nymphe de Chaudfontaine, la première dans l'est de la Wallonie.

1751

Célébration du «grand jubilé» de l'année sainte.
Autorisation de travailler certains jours de fête, à condition d'entendre la messe.

1752

Un exemple de relation entre le Hainaut et Namur : le libraire tournaisien Pinguet fréquente la foire de cette dernière ; il y diffusera notamment Rousseau.
Courtes réflexions d'un citoyen sur l'apologie de M. Dumoulin : premier écrit de Jacques-Joseph Fabry, «père de la Révolution liégeoise». Première impression sortant des ateliers de François-Joseph Desoer.

1754

À Bruxelles, constitution de la loge L'Union Parfaite?
François-Xavier de Feller entre au séminaire des jésuites de Tournai. Jean-Baptiste de Marne, Histoire du comté de Namur.

1755

Ordonnance de Marie-Thérèse précisant que les oeuvres de Van Espen ne font pas l'objet d'interdiction dans les Pays-Bas.
Le prince-évêque Jean-Théodore de Bavière quitte Liège pour six ans.
Pierre Rousseau s'y installe. Jean-François Bassompierre contrefait la Pucelle de Voltaire et imprime les Lettres de Louis XIV de Morelly.
Le 26 décembre, tremblement de terre : grandes manifestations religieuses.
Guillaume-Henri Godart (médecin verviétois), La physique de l'âme humaine.

1756

Début de la guerre de Sept Ans, qui marque un accroissement important de l'influence culturelle française, dans la région wallonne en tout cas.
Octavien de Guasco, Dissertations historiques, politiques et littéraires, impr. à Tournai.
Création, à Liège, du Journal encyclopédique dirigé par Pierre Rousseau.

1757

«Théâtre liégeois» (1757-58), opéras-comiques en dialecte, par S. de Harlez, J.-J. Fabry, P.-R. de Cartier de Marcienne et P.-G. de Vivario. Tableaux de moeurs populaires, satire de la société mondaine prenant les eaux à Spa et questions de l'enrôlement : des troupes françaises traversent en effet massivement la région wallonne, la Meuse servant de voie d'accès. Réalisme poissard et peinture d'un mal «préromantique», l'hypocondrie.
Manifestations religieuses suite à l'attentat de Damiens.

1758

Chevrier à Liège (au moins jusqu'en 1762)? Édition clandestine de L'Esprit d'Helvétius par P. Rousseau et E. Kints. Naissance du révolutionnaire et polémiste Nicolas Bassenge (†1811). Simon de Harlez, Lès-ipocondes, cfr.1757.

1759

Naissance du peintre hennuyer Joseph François, «émule de David».
À Liège : P. Rousseau imprime ou fait imprimer Candide, qu'il «envoie aux armées». Autre édition clandestine de L'Esprit d'Helvétius par J.-F. Bassompierre. En mai, mort de Maximilien-Henri de Horion, premier ministre du prince évêque, grand prévôt de la cathédrale et protecteur du Journal encyclopédique. Le comte de Velbruck lui succède. En août, interdiction du Journal. P. Rousseau quitte la principauté pour Bruxelles.
Séjour de Maubert de Gouvest.

1760

À Namur, succès du Père de famille de Diderot, joué par Aufresne.
À Liège : établissement de l'imprimeur Denis de Boubers, chassé de France. Son entreprise deviendra une des plus dynamiques de la cité. Il hébergera notamment le libertin Dulaurens (1763-65). ''édition clandestine prend l'allure d'une activité industrielle, surtout grâce à Everard Kints, auquel succédera son gendre Plomteux, et à Jean-François Bassompierre. Impression, chez ce dernier, du Candide?
Disparition, pour plusieurs années, de l'unique salle de spectacle de la ville, démolie sur ordre des autorités.
Constitution, à Verviers, de la loge La Discrète.
Nicolas Spirlet (1715-94) est élu abbé de Saint-Hubert. Maître de forges, il fut aussi lecteur de l'Encyclopédie.
À l'invitation de Charles-Godefroy de La Tour d'Auvergne, P. Rousseau installe à Bouillon son Journal encyclopédique. Début d'une diffusion régulière des idées philosophiques en terre luxembourgeoise. Frédéric-Emmanuel Grunwald, collaborateur de Rousseau, lance la Gazette salutaire (1760-93), périodique consacré aux sciences médicales.

1761

Dans les Pays-Bas, relative laïcisation de la censure : l'avis des censeurs impériaux prévaut sur les sentences ecclésiastiques. Les écrits politiques restent évidemment l'objet d'une surveillance active.
À Liège, éditions voltairiennes de Bassompierre.
À Verviers, naissance de Grégoire Chapuis : ce chirurgien très populaire, type du républicain paisible, sera décapité en 1794 sur ordre du prince-évêque Méan, pour «donner un exemple aux philosophes», dont on «ne voulait plus». Son crime avait été d'introduire le mariage civil dans la cité lainière, où il fut officier municipal sous la Révolution.

1762

À Bruxelles, constitution de la loge Saint-Charles.
La famille d'imprimeurs de Boubers, principalement implantée à Bruxelles, Liège et Dunkerque, contribue à mener à bien l'entrée massive du Contrat social en France. Le libraire tournaisien Pinguet, le Nivellois Emmanuel Fion vendent l'Émile à Namur : exemplaires saisis.
Le peintre liégeois Léonard Defrance, futur révolutionnaire, est à Toulouse, au moment de l'exécution de Calas.
Naissance, à Marcour en Ardenne, d'Anne-Josèphe Terwagne, dite Théroigne de Méricourt, «la belle Liégeoise».

1763

À Mons, constitution de la loge La Parfaite Harmonie (en 1765 : La Vraie et Parfaite Harmonie). Travaux défendus en 1786. Fusionnera avec la vénérable Parfaite Union.
Jean-François Stapleaux, imprimeur-libraire à Namur (1763-1811). «Élément avancé», il narguera «la censure par la diffusion de tous les ouvrages suspects» (Pisvin).
Charles d'Oultremont est élu prince évêque de Liège. Ce choix «fut des plus agréables au peuple liégeois, enchanté d'avoir un de ses compatriotes pour prince». Le règne du «bien-aimé» ne fut pas à la mesure des espérances de libéralisation.
Séjour de Dulaurens dans la principauté (1763-65), où il écrit La Chandelle d'Arras et Imirce.
Jean-Philippe de Limbourg, Nouveaux amusements des eaux de Spa.

1764

Fastueuse réception, à Liège, d'un «héros littéraire» : il s'agit en fait d'un primus de l'Université de Louvain, premier des quatre pédagogies, auquel étaient traditionnellement rendus les plus grands honneurs. Ce type de manifestation occupe une place parfois inattendue dans la vie culturelle locale.
À Bouillon : première livraison de la Gazette des gazettes, qui deviendra le Journal politique (1764-93). D'Hémery, inspecteur de la Librairie en France, accompagné d'un détachement de grenadiers, vient fouiller les magasins des libraires Brasseur, Foissy et Trousseaud. Saisie de «mauvais livres» notamment achetés à Liège.

1765

À Tournai, constitution de la loge L'Unanimité, en activité jusque 1769?
À Namur, les Stassart, rationalistes et anticléricaux, accèdent à la présidence du Conseil.
Jean-Louis Coster (de Dinant), Les disciples de Laverne.
À Liège, contrefaçon par Boubers des Lettres de la montagne de Rousseau? Édition par le même de La Chandelle d'Arras, du défroqué Dulaurens. Leur ami commun Jean-Et. Philippart contrefait le Mercure historique et politique des Pays-Bas, imprimé à Bruxelles par Maubert de Gouvest.

1766

À Liège : en janvier, lettre pastorale du prince-évêque contre ceux qui exaltent «sans cesse les droits et les prestiges de la raison», conspirant «à l'ombre d'une tolérance universelle»; ordonnance pour enrayer «la contagion des mauvais livres» et «ouvrages d'impiété, comme de matérialisme, de déisme, d'athéisme et autres pareils». En juin, les cérémonies de l'Adoration perpétuelle revotent un éclat «inexprimable». En juillet, Jean-Baptiste Robinet, séjournant à Liège, doit signer une Rétractation des erreurs contenues dans l'ouvrage De la nature, que diffuse la presse locale. L'imprimeur Clément Plomteux est officiellement associé à E. Kints. Il publiera, au moins en partie, le Dictionnaire universel des sciences morales dirigé par Robinet (1777-83).
Corneille de Pauw quitte la principauté, où il avait fait toutes ses études.

1767

À Tournai, constitution des Inséparables Amis, en activité jusque 1769? A Namur, constitution de la Parfaite Union? On avance aussi la date de 1770. Devient en 1777 La Bonne Amitié. Travaux défendus en 1786.
À Liège, inauguration du nouveau Théâtre et réouverture d'une bibliothèque publique «considérablement augmentée», avec un rayon «livres défendus», accessibles aux porteurs d'une «permission compétente».
À Verviers, constitution de L'Ordre de la Parfaite Union.

1768

À Mons : le libraire Finel condamné pour avoir vendu le Dîner du comte de Boulainvilliers de Voltaire. Impression de la Lyre maçonne, dédiée au marquis de Gages.
Premier succès parisien du Liégeois Grétry : Le Huron. Le livret, de Marmontel, fut d'abord attribué à Voltaire.
Constitution de la Société typographique de Bouillon. Sont associés : Jean et Jean-Louis Castilhon, Jean-Louis Trécourt et Jean-Baptiste Robinet, qui abandonnera sa part à Charles de Weissenbruch, beau-frère de Rousseau.

1769

À Bruxelles, constitution des loges La Constance de l'Union et La Parfaite Union.
À Tournai, constitution de la loge Les Amis Réunis, qui devient Les Frères Réunis en 1770.
À Liège, constitution de La Parfaite Intelligence, le 30 déc. (Hoebanx). Villette, correspondant de l'abbé Nollet, ouvre un cours et un cabinet de physique. L'impression d'ouvrages anti-philosophiques bat son plein : Réfutation de l'Evangile du jour, traités de Griffet et de Guénée, etc.
Robinet et J.-L. Castilhon, Premier recueil philosophique et littéraire de la Société typographique de Bouillon, qui ouvre une série en dix vol. s'achevant en 1779.

1770

Nouvelles loges wallonnes : à Tournai, Les Frères Réunis; à Bouillon, Saint-Charles de la Parfaite Harmonie; à Namur, La Parfaite Union (voir 1767)?

c. 1770

La marquise du Pont d'Oye, maîtresse de forges, entretient une petite cour de très petits littérateurs français : l'abbé Pages, Poringo et Ceste d'Arnobat.

1771

À Liège : Projet d'une association de citoyens. Réponse de Jacques de Heusy. Plomteux entreprend l'édition des Œuvres complètes de Voltaire, sous l'adresse de Genève (1771-77).

1772

À Bruxelles, constitution des loges L'Heureuse Rencontre et La Parfaite Amitié. La première passe le cap de 1786.
Après un stage chez le Liégeois Bassompierre, l'imprimeur Henri Hoyois s'installe à Mons. A Kehl, il se spécialisera dans le commerce du livre prohibé. (1783).
À Liège, François-Charles de Velbruck devient prince-évêque. Le règne «éclairé» de ce souverain franc-maçon tranche par l'éclat de ses provo-cations, même si certains résultats immédiats furent minces et si le changement de climat culturel était préparé en profondeur.
Fondation de L'Esprit des journaux, publié dans la principauté, puis à Bruxelles, ainsi qu'à Paris. Après la disparition du Journal encyclopédique (1793), son directeur Weissenbruch, qui s'installe à Bruxelles en 1795, collabore à L'Esprit et en deviendra propriétaire (1803). Tardivement, le périodique portera, en un titre double, le nom des deux journaux (1817-18). Avant la Révolution, il est dirigé par J.-L. Coster, L.-F. Lignac, l'abbé Outin, Ch. Millon, etc. Son éditeur est J.-J. Tutot.
Fondation du Journal historique et politique, aussi publié par Tutot et notamment dirigé par l'abbé Brosius.
À Bouillon, Godefroy-Charles-Henry de La Tour d'Auvergne succède à son père et confirme la protection accordée à Pierre Rousseau.

1773

Suppression des collèges de jésuites.
[Jacques de Heusy], Essai sur le projet d'établissement d'un Hôpital général dans la vile de Liège, sur celui d'extirper la mendicité, de la prévenir et d'occuper utilement les citoyens.
Le poète Léonard à Liège (1773-82).
À Bouillon, les frères-Castilhon quittent la Société typographique, laissant à sa direction Weissenbruch et Trécourt. Impression, sous l'adresse de Londres, d'une Collection complète des Œuvres de Diderot.

1774

À Liège : [J. de Heusy], Supplément à l'essai sur le projet d'extirper la mendicité et d'occuper utilement les citoyens désoeuvrés dans l'État de Liège. Le prince-évoque Velbruck fait ouvrir une École de dessin pour les arts mécaniques, "école gratuite destinée aux artisans" 1774-91).
Première édition des Œuvres d'Helvétius, sous la marque de Bassompierre.
Constitution de la loge L'Union des Cœurs ou La Parfaite Union.

1775

À Bruxelles, constitution de la loge Les Vrais Amis de la Justice. Travaux défendus à partir de 1786.
À Liège, fondation d'une Académie de peinture, de sculpture et de gravure (1775-90). Protégée par le prince-évoque, elle regroupe plusieurs artistes qui montreront leur attachement aux idées nouvelles. C'est notamment le cas du futur révolutionnaire Léonard Defrance et des frères Dreppe. Un des promoteurs de l'institution (sans qu'il figure parmi les «académiciens»), Nicolas-Henri de Fassin fera le portrait de Voltaire. Comme Defrance, Martin Aubée peint des scènes industrielles.

1776

À Liège : premier retour de Grétry. Dédicace des Mariages samnites (2e version) au prince-évêque Velbruck.
Édition clandestine des Œuvres d'Helvétius par Plomteux. Constitution de La Parfaite Égalité.

1777

À Mons, édition par Hoyois, sous la rubrique de Liège, des Contes nouveaux d'Andréa de Nerciat, dédiés au prince de Ligne.
À Namur, procès de Fabre d'Églantine, pour «rapt de séduction» envers une jeune comédienne, Catherine Deresmond.

1778

Marie-Thérèse interdit dans les Pays-Bas le Courrier du Bas-Rhin, le Courrier politique et littéraire et le Courrier de l'Europe. Édit renouvelé en 1785 par Joseph II.
À Namur, constitution de la loge militaire L'Union Indissoluble. Installation du libraire De Veria à Liège, d'où il lance le prospectus d'une Édition de l'Encyclopédie rangée par ordre de matières. Création de la Société typographique de Liège par Tutot et Hyacinthe Fabry, aux-quels se joindront Jacques-Joseph Fabry, Dupont et le poète Reynier. Contrefaçon de la Philosophie de la nature de Delisle de Sales, par Plomteux.
À Bouillon, édition illustrée des Romans et contes de Voltaire. Trécourt, Encyclopédie économique.

1779

Inauguration à Liège de la Société d'Émulation, le 2 juin. Séance, le 18 juillet, en l'honneur de Velbruck, protecteur de la Société; vers de circonstance par le futur révolutionnaire Nicolas Bassenge.

1780

À Mons, Hoyois publie l'une des rares éditions intégrales des Mois de Roucher.
À Namur, fondation de la Société patriotique, sous l'impulsion du vicomte Pierre-Benolt Desandrouin, grand mayeur. Jean-Baptiste Briatte, pasteur de garnison, Offrande à l'humanité, ou traité sur les causes de la misère.
À Liège, manifestation en l'honneur de Grétry. Fabre d'Églantine y lit son Triomphe de Grétry.
À Bouillon, édition des Œuvres complètes d'Helvétius.

1781

L'empereur Joseph II, nouveau comte de Hainaut.
Charles de Ligne, Coup d'œil sur Belœil.
Séjour de l'abbé Raynal à Liège et à Spa. «AffaireBassenge» : La nymphe de Spa. Plomteux donne cinq éditions de l'Histoire philosophique des deux Indes.

1782

À Bruxelles, constitution de la loge Les Vrais Amis de l'Union. Passe le cap de 1786.
Opposition des États de Hainaut à l'Édit de tolérance.
Second retour de Grétry à Liège. Séance publique de la Société d'Émulation en son honneur, le 23 déc.
Pierre-Joseph Henkart, La liberté nationale.
Parution, à Paris et à Liège, du Prospectus de l'Encyclopédie méthodique, éditée par Panckoucke et Plomteux.

1783

À Mons, édition de l'Erotika biblion de Mirabeau et des Remarques de Thomas Paine sur l'Histoire philosophique de Raynal.
Liège, sous l'impulsion de Velbruck, fondation d'une École d'accouchement souvent présentée comme un modèle de réalisation «éclairée». Animée par le chirurgien et naturaliste Fallize, elle ne vécut que deux ans.
À Marche-en-Famenne, loge La Constance.

1784

Joseph II renouvelle l'édit de 1739 en matière d'imprimerie et de librairie.
À Bruxelles, loge L'Union Fraternelle.
À Liège, mort du prince-évêque Velbruck et avènement de Hoensbroech, nue son étroitesse de vues et ses manières dévotes, contrastant avec le libéralisme du souverain précédent, rendent impopulaire.
À Verviers, la reconduction du Magistrat de la ville, jugée irrégulière, va mobiliser progressivement une large opposition au pouvoir.

1785

Fondation du Journal général de l'Europe de Pierre Lebrun. Imprimé par J.-J. Smits à Liège et à Herve, pour des raisons de censure (cette dernière ville relevait des Pays-Bas), il disparut en 1792.
Début du différend qui oppose le prince-évêque de Liège et des «patriotes» (dont N.-J. Levoz, J.-J. Bovy, A.-G. de Donceel et P.-J.-A. Lesoinne), au sujet du monopole des jeux à Spa. S'envenimant, l'affaire préparera 1789.
Mort de Pierre Rousseau. Weissenbruch poursuit la publication du Journal encyclopédique jusqu'en 1793. Deux ans plus tard, la Société typo-graphique émigre à Bruxelles.

1786

Léonard Defrance - abbé Thomas-Joseph Dehin, Cri général du peuple liégeois, violent pamphlet relatif aux jeux de Spa. Jehin emprisonné à Liège. Il sera à la tête des Franchimontois lors de la Révolution.

1787

Des numéros du Journal général de l'Europe imprimé à Herve par Lebrun sont interdits par la Cour souveraine du Hainaut. Proscription définitive du périodique en 1790.
Établissement de la Société patriotique de Liège, officine de libelles contre le gouvernement principautaire. On y entretient le culte de la Paix de Fexhe, charte des libertés traditionnelles, considérablement amoindries depuis tin règlement de 1684. Réception de Mirabeau. Nicolas Bassenge, Lettres a l'abbé de P(aix), 1787-89.
L'opposition des «patriotes» verviétois au Magistrat de la ville s'intensifie. Jacques-Joseph Fyon, notamment soutenu par les frères Chapuis, assigne le prince-évêque de Liège devant la Cour impériale de Wetzlaer.

1788

Interdiction, dans les Pays-Bas, de L'Esprit des gazettes et du Journal historique et littéraire, publication conservatrice dirigée par l'abbé de Feller! De Luxembourg, le Journal s'installe à Liège. François-Joseph Galliot, Histoire générale, ecclésiastique et civile de la ville et de la province de Namur.
Le parti des patriotes verviétois, dénonçant les abus commis par le pouvoir en place, gagne en popularité, du fait de la crise économique et de l'établissement de nouvelles mesures dans l'industrie lainière, défavorables aux ouvriers. Fyon attaque à nouveau les autorités en justice, à travers un de leurs affidés.

1788-89

Les États de Hainaut s'opposent aux réformes de Joseph II et refusent de verser l'impôt. Début des troubles.

1789

18 août : Révolution à Liège et Verviers. Le mouvement gagne les Bonnes Villes de la principauté dans les jours qui suivent.
26 août : fuite du prince-évêque Hoensbroech a Trèves.
4 septembre : condamnation de la Révolution liégeoise par la Cour impériale de Wetzlaer.
12 octobre : nouvelle Constitution.


NOTES

[1] Chronologie établie avec le concours du Centre de philologie et d'histoire littéraire wallonnes de l'U.L.B. [Retour]
[2] Beaucoup d'informations relatives à la franc-maçonnerie sont empruntées à : J.-J. Hoebanx, «L'implantation et l'expansion de la franc-maçonnerie à Bruxelles et en Wallonie des origines à 1980», Hommages à la Wallonie, U.L.B.,1981, p. 293-320. [Retour]